Un audioprothésiste,
c’est quoi ?

Le métier d’audioprothésiste : adaptation et suivi personnalisés pour chaque patient

(« Analyse sectorielle de l’audioprothèse en France », UNSAF, Luis Godinho, décembre 2015)

Depuis 1967, l’audioprothésiste, qui procède à l’appareillage des déficients de l’ouïe, fait le choix de l’adaptation, assure la délivrance et le suivi pendant toute la durée de vie de l’appareillage, environ 5 ans.

Lors d’un premier rendez-vous, l’audioprothésiste interroge le patient sur sa perte auditive et ses antécédents ; il réalise également des tests d’audiométrie afin d’évaluer la gêne subie de manière précise. L’importance et le type de la perte auditive, les éventuels antécédents ORL, les particularités individuelles, ainsi que les attentes du patient nécessitent une prise en charge unique et attentive. Tous ces paramètres orientent le choix des appareils, parmi des centaines de modèles disponibles, puis l’édition du devis.

Une période d’essai de plusieurs semaines, ponctuée de nombreux rendez-vous, est ensuite indispensable à la rééducation des aires auditives cérébrales, souvent sous-stimulées depuis des années. Elle permet également de rassurer et d’accompagner le patient dans son apprentissage de l’utilisation des appareils et son acceptation psychologique. Nos conseils pour l’utilisation de vos premières aides auditives.

Lorsque l’appareil auditif est délivré, son adaptation physique et acoustique est contrôlée, puis un suivi pour la rééducation auditive et le réajustement de l’appareil est planifié. Le compte-rendu médical est ensuite adressé au prescripteur.

Puis, pendant toute la durée de vie de l’appareillage, il est prévu, par la LPPR (Liste des Produits et Prestations Remboursables par l’Assurance Maladie), « un suivi biannuel selon les besoins du patient » permettant de vérifier l’adaptation et d’effectuer des ajustements personnalisés réguliers, tout au long de la durée d’utilisation du matériel. Ce suivi est indispensable pour l’entretien du matériel adapté initialement. Les professionnels de l’audition doivent s’adapter à des patients « complexes » et savoir fournir un équipement dont ces derniers ne veulent pas a priori (freins psychologiques, peur de la stigmatisation, etc.) et dont les bénéfices ne sont appréciés que plusieurs jours, voire plusieurs semaines, après le début de l’utilisation.

Ainsi, le temps consacré par l’audioprothésiste pour une adaptation, évalué en 2000 par le Conseil National de la Consommation, représente un volume compris entre 11h30 et 20h30. Aujourd’hui, cet ordre de grandeur est confirmé, et se situe au-delà des 20 heures pour les patients atteints de déficits particuliers ou pour les enfants.

Entre également en ligne de compte le plateau technique de l’audioprothésiste. Celui-ci comprend « un local réservé à cet effet et aménagé, selon des conditions fixées par décret » et un ensemble de matériel technique spécialisé dont la liste est définie dans le Code de la Santé publique.

Afin de normer les conditions de formation professionnelle, de plateau technique et de matériels spécialisés, mais aussi d’éthique et de déontologie, la profession a conçu avec l’Afnor la première norme de services dans le champ de la santé. La norme NF EN 15927, « Services offerts par les audioprothésistes », a été publiée en novembre 2010.

Ainsi, le professionnel « ne vend pas des appareils » mais facture le matériel et un service indissociable, comprenant son expertise pour le choix et l’adaptation, son temps pour l’adaptation, l’éducation thérapeutique du patient et son suivi personnalisé régulier, aussi souvent que cela semble nécessaire à l’utilisateur, ainsi que l’utilisation de son plateau technique.

1 Utilisation d’un plateau technique et Prestation de service

Les appareils auditifs évitent le surdéclin cognitif

1. Les liens entre déficit auditif et perte d’autonomie

La perte auditive est significativement associée au déclin cognitif (1). Pour une perte auditive légère (25 dB), la baisse des performances cognitives est équivalente à celle d’une personne plus âgée de 6-8 ans (2).

Le risque de démence est multiplié par 1,89 pour une perte auditive modérée, par 3,00 pour une perte moyenne, par 4,94 pour une perte sévère (3).

Les personnes âgées souffrant de perte auditive ont une accélération du déclin cognitif supérieur de 30 à 40 % (4).

La perte auditive non compensée provoque une diminution de la qualité de vie, liée à l’isolement, à une vie sociale réduite et à la sensation d’être exclu, menant à une augmentation de la prévalence de la dépression (5).

Même un degré modéré de baisse de l’audition triple quasiment le risque de chutes chez la personne âgée (6).

2. Une étude de l’INSERM démontre que les appareils auditifs évitent le surdéclin cognitif

Le professeur Hélène Amieva, de l’Unité INSERM 897 « Épidémiologie et Biostatistique » de Bordeaux, a présenté le 29 octobre 2015 son étude récemment publiée (7).

Les résultats, tirés d’une analyse de la cohorte Paquid, portent sur 3 670 personnes âgées de 65 ans et plus, suivies pendant 25 ans. Ceux-ci indiquent que, si le déclin cognitif est bien accéléré chez les malentendants non appareillés (par rapport au groupe contrôle), le déclin cognitif des personnes appareillées est en revanche freiné, et similaire à celui des personnes normo-entendantes. « Ces résultats sont en faveur de la prise en charge et du dépistage de l’audition », a souligné le professeur Amevia. Et elle concluait : « Avec d’autres stratégies de prévention telles que l’exercice physique, un régime alimentaire de type méditerranéen, le maintien d’une bonne audition devrait figurer parmi les stratégies de “vieillissement réussi” à promouvoir. »

Des résultats convergents ont été mis en évidence par deux autres études publiées en 2015, l’une américaine (8) et l’autre française (9).

Draguignan

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(1): Uhlman RF et al. Jama. 1989 Apr 7; 261(13): 1916-9.

(2): Baltimore longitudinal study of aging, Neuropsychology, Lin Fr. et al. 2011 Nov; 25(6): 763-70.

(3): Hearing Loss and Incident Dementia, Archives of Neurology, Lin Fr. et al. 2011; 68(2): 214-220.

(4): JAMA Intern Medicine (online January 21, 2013), Hearing loss may be related to cognitive decline in older adults.

(5): Hearing loss and depression in older adults, Journal of the American Geriatrics Society, D.J. Mener et al. Volume 61, 1627-1629, sept 2013.
Negative Consequences of Uncorrected Hearing Loss – a review, Stig Arlinger, International Journal of Audiology 2003; 42:2S17-2S20.

(6): Hearing loss and falls among older adults in the United States, Lin F, Ferrucci L. Arch Intern Med 2012; 172: 369-371.

Hearing as a predictor of falls and postural balance in older female twins, Viljanen A, Kaprio J, Pyykkoï, et al. J Gerontol A Biol Sci Med Sci. 2009; 64(2):312-317.

(7): Amevia H, Ouvrard C, Giulioli C, Meillon C, Rullier L, Dartigues JF. Self-reported hearing loss, hearing aides, and cognitive decline in elderly adults: 25-year study. J Am Geriatr Soc. 2015 Oct; 63(10): 2099-104.

(8): Deal JA et al. Hearing impairment and cognitive decline: a pilot study conducted within the atherosclerosis risk in communities neurocognitive study. American Journal of Epidemiology, 2015; 181: 680-90.

(9): Mosnier I et al. Improvement of cognitive function after cochlear implantation in elderly patients. JAMA Otolaryngology-head & Neck Surgery, March 2015 DOI: 10-1001/jamaoto.2015.129.